V. LES MISSIONS

par le Cdt(h) René COTTAVOZ

 

Le choix des missions et leur nombre sont définis par les officiers du PCA en fonction des besoins exprimés par l’Armée de Terre. A l’escadrille, le responsable des opérations (Officier OPS) affecte les équipages et les avions aux différentes missions, en fonction des disponibilités et des compétences particulières.

Avant le départ en mission, l'équipage affine ses renseignements sur sa mission auprès de l'OLAT (officier de liaison de l'Armée de Terre) : zone où elle se déroule, présence présumée de rebelles, définition des zones interdites, ouvertes ou fermées au feu, opérations de troupes amies à contacter ou non (indicatifs radio, fréquences d'appel et signe distinctif du jour), présence de commandos de chasse en nomadisation, donc à ne pas signaler par un survol prolongé. Au retour le debriefing, sous forme de MISREP, se fait également auprès de cet officier.

La principale mission est la RAV (reconnaissance à vue) sur zone pour la recherche ou la confirmation de renseignements. Elle consiste à survoler la zone définie pour rechercher des indices et traces de passage, d’occupation des mechtas et des grottes, débusquer la présence de bandes en zone interdite, etc. En général ces missions nous demandent de rester environ 2 heures sur zone.

Parfois, au cours d'une RAV, pour dégager les troupes au sol sévèrement accrochées, il arrive que la mission se transforme en appui-feu et en demande d’un renfort sous forme de relève par une autre patrouille. Lorsque l'ampleur de l'engagement nécessite l'emploi de la chasse, notre rôle consiste à assurer une présence sur secteur, en attendant l’arrivée des avions et à assurer, pour eux, le marquage et le guidage sur les objectifs.

Tir
T6 en passe de tir à la mitrailleuse


Suite à la découverte de traces insolites, le rapport est fait instantanément au PCA afin de déclencher éventuellement une opération de ratissage ou l’envoi d’un commando héliporté. La patrouille, après avis du PCA, peut également faire appel au lanceur de missiles “SS11“ (missiles guidés par fil). Alors le T6 surveille la zone afin d’éviter l’évaporation des HLL repérés et guide le tir.

Cottavoz
S/Lt Cottavoz dans son T6

La mission dite PRO-CONVOI est sans conteste la plus longue et la plus pénible. Elle consiste à accompagner un convoi terrestre et à tenter de déjouer les pièges du parcours. On passe et repasse souvent de 5 à 6 heures au même endroit pour débusquer une bande en embuscade, que l’on attaque à la mitrailleuse et aux roquettes jusqu’à la mise au contact des troupes au sol.

Les missions les plus courtes et qui mobilisent le plus d’appareils sur l’objectif sont les PRO-SOL (Appui-feu au profit de troupes au sol). Lorsqu’elle n’intervient pas au cours d’une RAV, les observateurs en sont exclus par sécurité et pour alléger l’avion. Il s’agit de tirs rapprochés à la mitrailleuse et à la roquette pour dégager un groupe terrestre engagé. Ces missions sont parfois initiées, a priori, pour assurer le “nettoyage" d'une dropping-zone avant le largage de troupes par hélicoptère.

H2
Un “régime de bananes“ de H2 et 2 allouettes

Lors d’opérations importantes engageant de nombreux moyens aériens et terrestres, le T6 se transforme en PC Volant, mais ce rôle est en général dévolu au broussard du PC Air, à bord duquel prend place un observateur en qualité de guide de tir.

Parfois nous sommes engagés dans des opérations nocturnes dites "Lucioles" ; largage de fusées éclairantes parachutées pour éclairer le secteur et permettre à nos troupes de fixer les rebelles et de les empêcher de s'évanouir dans la nuit. C'est ce que je fis lors du dernier grand franchissement de la ligne Morice (300 fellaghas bloqués en février 1959, dans le djebel Motloug au Nord-Ouest de Tébéssa).

N’oublions pas une mission annexe, mais sûrement la plus appréciée des “biffins“ isolés dans leur poste sur un piton, le "largage-courrier“.