III. LES AVIONS

par le Cdt(h) René COTTAVOZ

 


Le "T6"


On ne peut parler des EALA sans évoquer la carrière exceptionnelle et internationale du T6. L’avion à tout faire.

Les premiers exemplaires ont été construits en 1935 aux USA. Ils étaient destinés à former les pilotes de chasse américains. Avant la seconde guerre mondiale, les armées de l'air américaine, française, anglaise, canadienne et australienne en commandèrent de nombreux exemplaires. Si bien que de 1938 à 1945 ce furent plus de 15000 avions qui sortirent des chaînes de North American.

La version NA 44 est conçue, dès l'origine, comme biplace d'attaque, armé dans les ailes de 4 mitrailleuses, plus une autre, en poste arrière, pour la formation et l’entraînement des mitrailleurs sur bombardier. En fait, le T6 fut adopté par presque tous les pays pour la formation de leurs pilotes.

Avant leur conflit avec les USA, la licence de construction de l'AT6 fut cédée aux Japonais qui en construisirent 176 exemplaires. Ils l’ont transformé et en ont tiré leur fameux “Zéro“. En 1949, à la création de l'OTAN, 2068 appareils furent retournés chez North American pour y être reconditionnés en T6G.

Pendant la guerre de Corée, en 1949, un groupe de T6G fut engagé après avoir été équipé de 12 roquettes fumigènes destinées au marquage d'objectifs. En Algérie, nous avons utilisé 700 T6G, équipés de moteur en étoiles “Pratt & Whitney“ R1340 de 600 CV.
 
T6

Armement

Les T6G sont armés de deux gondoles de deux mitrailleuses jumelées MAC 34-39 de 7,5mm sous les ailes, alimentées de 300 cartouches chacune. Pour compléter cet armement on trouve deux versions :

La première comporte 6 rails lance-roquettes T10, à fragmentation ou à charge creuse, et deux supports de panier SNEB MATRA 122 de 7 roquettes de 68 mm,  parfois remplacés par des paniers plus lourds Type MATRA LR181 (dit TLM Tube Lance M...) avec 18 projectiles de 36 mm, soit même des LR 361 avec 36 projectiles.

La seconde version comporte 2 supports lance-bombes. On peut alors emporter :
- soit deux bombes antipersonnels de 50kg,
- soit deux packs de 4 bombes de 10 kg ou de 4 bombes éclairantes (lucioles),
- soit deux bidons de 100 litres de gel incendiaire (Napalm).
 
T6

Radio

L’équipement radio se compose d’un poste VHF SCR 522, qui sera remplacé dès 1959 par le TRAP 19 de 1 watt et 19 canaux de fréquences, et du radio compas AN/ARN-6. En outre, un interphone ANI 300/AIC assure la communication place avant / place arrière.

Pour l’indispensable liaison avec les troupes au sol, un poste SCR 300 est placé sous le tableau de bord. L’observateur peut contrôler la VHF et SCR 300 si le pilote lui passe le contrôle d’émission.
 
T6

Protection

Pour la protection du pilote contre les effets de la DCA légère des rebelles, on équipe les avions d’un plaque de blindage de 31 kg, qui protège environ de 40% des coups tirés par dessous. L'adjonction du blindage diminue les performances de l’avion. Le pilotage est rendu délicat, en particulier sur les reliefs et sous la chaleur extrême des falaises.

Pour les missions d’appui-feu, le pilote est équipé d’un gilet pare-balle (5 à 6 Kg) constitué de plaques en polyester, qui assure une protection efficace du buste de pilote. Au départ les T6 sont jaunes, donc trop voyants. Ils sont alors décapés puis repeints couleur aluminium clair, et l’on réduit la taille de la cocarde et du drapeau sur la dérive.

Enfin pour prévenir les décrochages et permettre au pilote d’évoluer en toute sécurité, observer les résultats de son tir, serrer sa ressource sans regarder de façon continue son tableau de bord, on équipe l’avion d’un avertisseur sonore de décrochage (Badin 30) monté à l’extrémité du bord d’attaque de l’aile gauche.

A partir de 1960, certaines escadrilles seront dotées de T28 plus puissants et mieux armés. Ces escadrilles sont alors regroupées deux par deux pour former le 3° escadron de leur escadre de parrainage. Ce fut le cas des 7/72 et 12/72, également patronnées par la 9° escadre, qui formèrent l'escadron 3/9.

En 1962, à la fin des opérations, un certain nombre de T6G furent cédés au Portugal pour être engagés en Angola. D'autres, désarmés, iront au Biafra pour surveiller les feux de brousse.

Après leur vie militaire certains T6 furent utilisés par Hollywood, en particulier pour figurer les Zéro dans la série "Les têtes brûlées". Le cinéma hollandais les a maquillés en divers autres avions pour les faire intervenir dans le film "Un pont trop loin". Si vous allez au musée de l'air, au Bourget, vous pourrez voir, suspendu dans un des hangars, un T6 qui est donné comme ayant volé sous l'insigne des "Cabot de Tébéssa".
 
T6 et T28 de l'EALA 3/9
 
 

Le BROUSSARD


Le Broussard M.H. 1521, glorifié par Clostermann et construit par son beau-père Max-Holtz, équipe les ELO et les PCA considérés comme détachement des ELO. Avion relativement lent (150 nœuds), à ailes hautes, train fixe et si souple qu'il transformait vite l'avion en kangourou sous les doigts d'un pilote inexpérimenté, mais qui permettait aussi de se poser sur des terrains rudimentaires. Sa modularité par la suppression des sièges permet de l’équiper en avion de liaison. Il peut alors emporter 5 passagers (souvent un prisonnier, l’officier de renseignement et l’observateur). En opération, son caractère presque tout terrain lui permis d’effectuer les évacuations sanitaires urgentes.
 
Broussard

Sa bonne visibilité vers l’avant et sur les cotés et en 3/4 arrière en fait une bonne plate-forme d’observation. Il est d’ailleurs souvent utilisé en opération comme poste de commandement et de guidage aérien pour les tirs de la chasse, si sa trappe centrale est équipée d'un largueur de pots fumigènes. Mais les observateurs, le plus souvent, larguent ces pots de marquage par la fenêtre latérale.

On l'utilise également pour la photo en équipant cette même trappe d'une caméra verticale, et éventuellement la fenêtre arrière d'une autre caméra pour prise de vues latérales. Ces missions nécessitent une préparation minutieuse, au sol, un pilotage précis ce qui sous-entend un temps calme et sans remous dus à la chaleur.

Légèrement armé, pour ne pas dire de façon symbolique, en remplaçant la caméra latérale par une mitrailleuse de sabord, il peut se défendre. Le tir sur objectif relève de la gageur et de l’acrobatie pour le tireur. Les coups au but sont plus souvent le fait du hasard que dû à l’adresse du tireur, même expérimenté. Aussi, nombre d'observateurs ont près d'eux une caisse de grenades qu'ils lancent soit par la fenêtre soit par la trappe centrale.
 
Oued

En résumé, le Broussard est un bon avion très modulable et capable de remplir de nombreuses missions, mais jamais celles d’un avion d’appui feu réel, comme le décrit Clostermann dans son roman “Appui-feu sur l’oued Hallail“.

C'est sur l'avion du PCA de Tébessa, détaché de I’ELO 3/45 de Oued Hamimin, que j’ai eu l'occasion de faire des relevés photographiques, au bénéfice de  l'Institut National de Géographie. Opérations, au-dessus de vestiges romains enfouis, mais très visibles d'en haut. C'est également avec ce même avion du PCA qu’avec le capitaine François, nous avons effectué de nombreuses missions de reconnaissance et de photographie en Tunisie sur les camps d'entraînement du FLN. Missions bien entendu officiellement interdites et toujours effectuées les jours de Q.G.O.
 
Broussard