Anoraa
Dauphiné Libéré - 4 juin 2003
 
Lcl Gilbert Poncet
 
Mon colonel, mon cher Gilbert,

Funérailles du Lcl Gilbert PONCET

Grenoble – 24 mai 2003


Monsieur Poncet … mon colonel … mon cher Gilbert,

Votre départ vers d’autres cieux nous plonge, nous, vos camarades aviateurs, dans un profond désarroi. Vous étiez notre ancien, notre ancien par l’age mais aussi le vétéran, le dernier de ceux qui ont fait naître le secteur Dauphiné de l’ANORAA, au sortir de la guerre et qui en assura la présidence, dans les années 50.

C’est l’époque, en 1948, où je vous ai connu, professeur de mathématiques à l’École des Pupilles de L’Air et à l’Externat Notre Dame. Avec Bruno Dumolard, nous étions vos très jeunes élèves, admiratifs du héros de la R.A.F. Vous avez su nous montrer, comme à beaucoup d’autres, la beauté des mathématiques et nous donner le goût pour l’aviation. C’est avec émotion et reconnaissance que, quelques années plus tard, je vous ai retrouvé, au sein de l’Association des Officiers de l’Armée de l’Air.

Mais revenons quelques années en arrière.

En 1939, vous êtes jeune professeur quand la guerre se déclare. Après l’armistice, démobilisé au Maroc vous enseignez au collège Moulay Idris de Fez. Votre souvenir sera toujours vivant, quand quelques lustres plus tard, séjournant au Maroc, vous retrouverez d’anciens élèves promus à des postes clés de l’administration marocaine.

En 1943, vous rejoignez l’Angleterre pour faire partie du Bomber Air Command, les groupes lourds intégrés à la R.A.F. Vous accomplirez un tour complet d’opération comme navigateur, commandant de bord.

Tous les ans, lorsque nous honorons, à travers le sacrifice de l’équipage d’un autre aviateur grenoblois, le Lieutenant Gonthier, l’ensemble des actes de courage de nos camarades de l’Armée de l’Air, vous vous reprochiez d’être là. Vous me disiez : “C’est mon avion qui devait partir, mais notre équipage était terrassés par la dysenterie, et c’est celui de Gonthier, rappelé de permission qui nous a remplacé.“

En mars 1945, votre avion, touché par la D.C.A,  explose. Seul rescapé de votre équipage, après une chute miraculeusement freinée par des arbres, vous vous réveillez dans le jardin d’un monastère, au milieu de moines encapuchonnés et penchés sur vous. “Je suis donc au ciel ?“

Vous entrez dans la légende de l’Armée de l’Air. Un général dira de vous : “Il n’a pas besoin de rechercher l’aventure, il l’attire !“ . Il semble, d’ailleurs, que vous ayez transmis ce gène à votre descendance.

Pour ces actes de bravoure, vous recevez la Croix de Guerre ainsi que la prestigieuse “Distingish Flying Cross“ de l’aviation anglaise.

Démobilisé, une seconde fois, nommé professeur de mathématiques à L’École des Pupilles de l’Air, qui vient d’ouvrir, vous en assurez la direction, le temps que soit intronisé le nouveau commandant.

Vous servirez dans cette école jusqu’à votre retraite vous dévouant, à la formation scientifique des futures élites de l’aviation militaire.

Cet enseignement sera encore interrompu par un séjour opérationel en Algérie.

Dès votre retour, vous reprenez les cours auprès des élèves des classes spécialisées, les préparant, avec un succès qui ne se démentira jamais, au concours d’entrée de l’École de l’Air de Salon.

Votre manière d’enseigner était mémorable, et nombreux sont ceux, qui, ayant eu la chance d’en bénéficier, en garde un souvenir plein d’émotion. Il n’était d’ailleurs pas une manifestation officielle sans qu’un ancien élève ne vienne vous saluer chaleureusement démontrant ainsi son attachement à son ancien professeur.

Pour nous, vous avez toujours été le camarade courtois, simple, jovial, disert, dévoué et déterminé.

Montagnard émérite, membre du Club Alpin, vous participez bénévolement au Secours en Montagne, encore balbutiant, mettant vos compétences au service des autres.

Malgré votre modestie, les autorités, toujours si lentes à récompenser les vrais mérites, vous ont décerné, le grade d’Officier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur, celui de Commandeur de l’Ordre National du Mérite.

Que votre épouse, toujours présente à vos cotés et si dévouée au cours de votre maladie, soit certaine que nous partageons sa peine ; toujours, elle trouvera place parmi nous. Qu’elle et vos enfants acceptent ici l’expression de nos condoléances attristées et de notre sympathie.

Colonel Poncet, vous nous manquez déjà. Nous saluons et conservons votre mémoire.


Cdt(H) René COTTAVOZ

 

Le Lcl Poncet et Mme, en discussion avec le Cne Cranney à l'EPA en février 2001. 

Lcl Poncet